Position des Têtes blanches carré rouge sur la question des frais de scolarité et de l’accès à l’enseignement supérieur

Vers le sommet sur l’éducation supérieure

Source : Presse-toi à gauche!, le 15 janvier 2013

 

« Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple » Georges Danton (1759-1794)

Qui sommes-nous ?

Nous sommes de divers horizons politiques, culturels et professionnels. Nous avons en commun l’âge et une certaine vision du monde et de la société québécoise à laquelle nous avons contribué de diverses façons dans les dernières décennies.

En militant au sein de syndicats, de groupes populaires ou communautaires, d’organismes de défense de droits, de coalitions, nous avons été partie prenante des luttes liées aux droits des femmes, des peuples autochtones, des personnes réfugiées et immigrantes, à l’environnement, à l’élimination de la pauvreté, contre la privatisation des services publics, contre la mondialisation néolibérale et à tant d’autres causes conjoncturelles. D’où notre refus net d’emboîter le pas au démantèlement et à la liquidation de cet héritage.

Dès le début, nous nous sommes senti-e-s interpellé-e-s par la lutte étudiante et nous avons appuyé jour après jour cette grève historique parce qu’elle constituait un rappel et un appel à faire du droit à l’éducation un des fondements de notre société.

Nous voulons apporter notre contribution au débat en cours en tant qu’aîné-e-s solidaires des étudiantes et des étudiants et en tant que citoyennes et citoyens préoccupés par le sort des générations à venir.

Notre position :

Nous affirmons, d’entrée de jeu, que l’éducation devrait être « gratuite » de la petite enfance à l’université, non seulement au Québec, mais dans toutes les sociétés du monde. C’est la position que nous entendons défendre au sein de la société québécoise, avant, pendant et après consultations et Sommet sur l’enseignement supérieur. Nous savons en effet que cette lutte sera longue, mais qu’il serait irresponsable de ne pas poursuivre dans cette voie hélas trop peu fréquentée que nous ont indiquée une large portion du mouvement étudiant.

Soulignons par ailleurs que la formulation de « gratuité » scolaire que nous utilisons ici ne nous satisfait pas. En effet, cette formulation laisse entendre que l’éducation serait un bien de consommation comme un autre, et « gratis », alors que justement nous contestons cette perspective marchande, consumériste et individualiste. Nous concevons l’éducation comme un droit à faire appliquer maintenant, comme service public auquel tous et toutes devraient avoir accès.

Le mot « gratuité » donne l’impression que personne ne paie rien et que les étudiant-e-s ne font pas « leur juste part »… Or, l’éducation gratuite suppose des ressources financières importantes, mais dont le coût est assumé, au nom d’une solidarité sociale consentie par le biais d’une fiscalité que nous voulons la plus juste et équitable. Ainsi, chaque citoyen et chaque citoyenne contribuent selon ses moyens. Nous préférons donc, dans la mesure du possible parler d’abolition de frais de scolarité ou alors d’accès libre, voire massif, à l’enseignement supérieur, même si l’association entre gratuité et éducation semble devenue inévitable.

Quelques éléments d’histoire :

Forcément, pour nous, il faut resituer la problématique dans une perspective historique. Plusieurs d’entre nous ont connu/vécu le temps où, au Québec, l’accès à l’enseignement supérieur par la voie des collèges « classiques » était le privilège d’une infime minorité. D’une part, les coûts étaient prohibitifs et représentaient pour la très grande majorité des familles des sacrifices que peu pouvaient se permettre. D’autre part, le système d’éducation sous l’autorité de l’Église était à son image : patriarcal et sexiste. Dans les meilleures années, le nombre de ces institutions réservées aux filles se comptait sur les doigts d’une main. D’autre part, visant clairement la reproduction du système social canadien-français, plusieurs d’entre nous se rappelleront que dans le cadre des « visites paroissiales » le curé informait ses ouailles des garçons qui, triés sur le volet par ses bons soins, auraient la chance de poursuivre des études dans un collège de sa communauté pour devenir… prêtre, ou alors avocat, notaire ou médecin ! Sur ce plan, leur dépendance financière à l’égard de l’Église ne laissait que peu de choix aux « élus ». Société distincte à cette époque, les francophones d’Amérique étaient donc nettement défavorisés sur le plan de l’accessibilité à l’enseignement supérieur et sur son orientation, avec les conséquences que l’on sait : un peuple de « porteurs d’eau et de scieurs de bois nés pour un p’tit pain » dominé par une élite cléricale et une petite bourgeoisie professionnelle.

Sur le plan de l’éducation, le Père Georges-Henri Lévesque contribuera à ébranler cet édifice quasiment bicentenaire en créant en 1938 la faculté des sciences sociales de l’Université Laval où s’enseigneront, entre autres, la sociologie, l’économie, les relations industrielles et le service social. Cette école allait produire plusieurs des penseurs du Québec moderne et des artisans de la Révolution tranquille : Jacques Parizeau, Maurice Tremblay, Albert Faucher, Jean-Charles Falardeau, et autres Guy Coulombe et Michel Bélanger par exemple… les femmes pionnières elles aussi de cette Révolution tranquille étant alors encore reléguées dans l’ombre.

Puis, dans la cadre de la Révolution tranquille, le célèbre Rapport Parent sur l’éducation allait mener à la création des écoles polyvalentes, des Cégeps et à la mise ne place du réseau de l’Université du Québec et de ses composantes régionales, permettant ainsi l’accessibilité à l’enseignement supérieur tant aux filles qu’aux garçons et ce sur une grande partie du territoire national. C’était là une des assises de l’essor phénoménal qu’a connu le Québec qui entrait enfin de plain-pied dans la modernité : progrès social, développement économique, essor au plan culturel… Rappelons que le Rapport Parent prévoyait la gratuité scolaire au niveau universitaire, mais considérant les coûts à court terme de la mise en place des Cégeps et du réseau de l’UQ, cet objectif était reporté dans le temps et d’ici l’atteinte de cet objectif, le gel des frais de scolarité devait tenir lieu de politique sur ce plan.

Comme plusieurs autres acquis de la Révolution tranquille, le projet d’un accès libre à l’enseignement supérieur fut remis en question. Dans la foulée des crises économiques à répétition, de la domination d’un capitalisme financier de plus en plus rapace, de la montée du néolibéralisme et du conservatisme et malgré les échecs et les conséquences catastrophiques aux plans social et humain des politiques d’austérité (qu’admettent désormais des économistes du FMI), la nouvelle élite québécoise composée de gestionnaires et de technocrates veut réorienter la société sur la base de politiques néolibérales : allègements fiscaux pour les entreprises et les nantis, dérèglementation, privatisation des entreprises et services publics, équilibre budgétaire, coupures et tarification des services publics… Bref, « à tribord toute » et fin de la société distincte sur ces plans ! C’est dans ce contexte historique qu’il faut situer les hausses successives des frais de scolarité de 1989 à 2012, passant de 520 $ à 2200 $, puis à 3793 $ avec la hausse qu’a tenté d’imposer le gouvernement du PLQ sous la direction de Jean Charest à l’hiver 2012. En fait, nous avons troqué une religion pour une autre, nous sommes passés d’une Église à l’autre : de la foi à l’évangile du marché.

Une sorte de nouveau Refus global :

C’était sans compter sur le courage et l’intelligence politiques du mouvement étudiant qui a entamé une grève historique et suscité une mobilisation populaire tout aussi historique, devenue le « Printemps érable ». Rapidement la lutte contre la hausse des frais de scolarité s’est effectivement transformée en une critique radicale de la gestion affairiste des universités, en une opposition à la marchandisation du savoir, bref, en une remise en question non seulement du système d’enseignement supérieur, mais aussi des politiques néolibérales et des inégalités et injustices économiques et sociales qu’elles engendrent. Nous avons vécu une sorte de nouveau Refus global (Borduas, 1948), lequel avait, en son temps, fortement contribué à ébranler les assises d’une société québécoise sclérosée.

Pour nous, il est clair que c’est dans une perspective historique et politique qu’il faut comprendre la lutte contre la hausse des frais de scolarité et pour la gratuité ou l’accès libre à l’enseignement supérieur. Trêve donc de réductions économicistes, où la comptabilité tient lieu d’analyse, où les moyens (équilibre budgétaire, rentabilité économique, croissance et augmentation incessante de la production) deviennent des fins en soi. Nous sommes donc au cœur d’une dynamique politique parce que le mouvement étudiant nous a conviés à des débats et à des choix de sociétés qui vont contribuer à déterminer l’avenir du Québec.

Les arguments que nous présentons dans la partie du texte qui suit ici ont été développés de façon beaucoup plus précise par de nombreuses personnes ou groupes de recherches qui l’ont fait sur la base de compétences que nous n’avons pas la prétention d’égaler. Sans vouloir répéter ces arguments dans le détail et pour aller à ce qui nous semble l’essentiel, considérant ce qui a été dit plus haut, voici quelques grands traits de notre « analyse ».

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