Je ne suis pas une PME : vademecum

Source : Normand Baillargeon, le 6 juin 2012, Voir

J’ai publié cet automne, chez Poètes de Brousse, un court essai intitulé: Je ne suis pas une PME. Plaidoyer pour une université publique. Il semble avoir été lu et discuté et je m’en réjouis. Il a notamment été commenté dans Le Devoir (fort bref!), fait l’objet d’un entretien ici, est recensé par François Doyon ici et par Le Mouton Noir ici. J’ai également reçu de très nombreux courriels en réaction à cet essai.

J’y exprime de vives préoccupations quant à la mutation que l’université connaît, celles-là même qui, en partie, font que je réclame depuis des années déjà la tenue d’États généraux — je ne dis désormais plus de l’Université, mais de l’enseignement supérieur, puisque je suis maintenant  convaincu qu’il est indispensable d’inclure les Cégéps dans cette réflexion collective. (On trouvera ici un appel datant de 2008 à de tels États Généraux signé par mon collègue Jacques Pelletier et moi-même).

L’ACFAS m’a demandé un billet sur ce livre, expliquant sommairement pourquoi je l’ai écrit et ce que j’y défends. J’ai pensé qu’il pourrait être opportun de reproduire ici le texte que j’ ai fourni en réponse à cette demande. Il me semble que des choses là-dedans éclairent ce que nous vivons en ce moment.

Bonne lecture.

***

J’avais une visée toute simple, mais fermement résolue en écrivant ce petit ouvrage : je souhaitais qu’il contribue à nourrir en chacun de nous cette triple conviction qu’une réflexion collective sur l’université s’impose d’urgence à nous, que nous ne pouvons plus l’éluder et que nous devrions nous donner les moyens de la tenir.

Mon point de départ est qu’une profonde transformation de l’université est en cours et que la distinction que proposait le regretté Michel Freitag (Le naufrage de l’université, 1998) entre institution et organisation permet d’en saisir les dimensions les plus saillantes.

À cet égard, notre situation au Québec n’est aucunement inédite et une abondante littérature est désormais consacrée à cette transformation, tant au Canada anglais qu’aux États-Unis ou en Europe — où elle se rattache au Processus de Bologne.

Outre Freitag, Aline Giroux avait, chez nous, tiré la sonnette d’alarme sur la transformation de l’université dans son remarquable Pacte faustien de l’université (Liber, 2006). À eux, comme à Noam Chomsky (Permanence et mutations de l’université, PUQ, 2010), ma propre réflexion doit beaucoup; ses insuffisances sont bien entendu miennes, et miennes seules.

L’université transformée dans ses principes

Je soutiens qu’un certain discours, souvent appelé « néolibéral », ainsi que les pratiques qu’il a inspirées depuis plus de deux décennies ont profondément ébranlé l’idéal incarné par l’université, celui d’une institution où s’accomplit « la vie de l’esprit de ces êtres humains qui […] sont portés vers la recherche et l’étude », pour emprunter ces mots à Wilhelm Von Humboldt (1767-1835), et font de plus en plus d’elle un « complexe industrialo-académique ».

L’enseignement, la recherche et la vie universitaire ont ainsi été sommés de s’inscrire dans une logique de rentabilité et d’adaptation fonctionnelle des individus aux exigences de l’économie, toujours présentées comme indiscutables et décisives. L’université tend ainsi à être de moins en moins définie par les exigences internes de son activité spécifique et à l’être de plus en plus par ces critères extérieurs.

Certains vocables devenus d’usage courant à l’université — clientèle, efficience, capital humain, compétence, compétition, rentabilité, investissement, subvention, partenariat public-privé, privatisation, brevet, et ainsi de suite — témoignent de la diffusion et de l’acceptation de ces idées et de certaines pratiques inspirées par l’adoption d’un paradigme commercial et entrepreneurial. Et s’il est vrai qu’historiquement l’université n’a aucunement répugné à entretenir des liens avec diverses institutions sociales, notamment économiques, et à leur apporter diverses contributions souvent appréciables, ce n’est pas la même chose que d’en adopter les normes, les principes et les modes de fonctionnement. Or, c’est cela qui est radicalement nouveau et qu’il s’agit de comprendre au moment où le capitalisme lie son destin à celui de l’économie du savoir et où l’université, tout comme l’éducation en général, est sommée de se repenser et de se remodeler selon les exigences propres à une telle économie.

Je m’efforce ensuite de décrire les aspects qui me semblent les plus remarquables et les plus préoccupants de cette transformation sur les plans de l’enseignement, de la recherche et de la relation que l’université entretient avec la société qui l’abrite.

Voici quelques-unes des idées que je défends à ce sujet et que je tenais tout particulièrement à soumettre au débat public.

1. L’ennemi intérieur

S’il existe bien ce qu’on pourra appeler un ennemi extérieur de l’université, qui cherche à la soumettre à ses propres fins, sa pénétration dans l’institution a été grandement facilitée par ce que j’appelle l’ennemi intérieur, lequel prend typiquement la forme d’un aveuglement volontaire et d’un consentement intéressé qui parfois signent aussi, hélas, le renoncement à ce que l’université et la vie de l’esprit ont de plus unique et irremplaçable.

2. Une analyse différenciée selon les secteurs

Je pense que l’université, riche d’une longue histoire, se présentant sous des formes diverses et abritant des poursuites intellectuelles nombreuses et variées, se prête mal à de hâtives généralisations. C’est pourquoi je précise à de nombreuses reprises que si la tendance lourde que je décris est bien  réelle, ce qu’elle implique dans tel ou tel secteur devra être examiné de près et pourra bien souvent se révéler fort différent d’un secteur à un autre.

3. L’enseignement

L’augmentation de la taille des groupes, le recours massif à des personnes chargées de cours, l’exode des professeurs vers les études supérieures, le clientélisme sont, sur le plan de l’enseignement autant d’aspects préoccupants de la crise actuelle de l’université.

Je suggère que l’on devrait y réfléchir (et y réagir) à partir de ce que signifie enseigner à l’université. Je propose la définition suivante : ce qui caractérise l’enseignement universitaire, qu’il s’agisse d’un enseignement à vocation essentiellement professionnelle (le droit, la comptabilité, la médecine) ou essentiellement théorétique (les études littéraires, la sociologie, la philosophie, la physique), c’est son ambition de faire pénétrer chacun des étudiants dans une tradition intellectuelle qui institue une relation critique avec cette activité professionnelle ou cet effort de théorisation, de manière à faire de lui un participant à ce qui, en bout de piste, n’est rien de moins que la grande conversation critique que l’humanité entretient avec elle-même. L’ambition, en bout de piste, est d’inscrire des théories et des pratiques dans une perspective normative et de les organiser en un ensemble harmonieux et cohérent dont on espère qu’il forme un idéal de vie individuelle et collective.

4. Les efferts pervers de la recherche subventionnée

La primauté désormais accordée d’emblée à la recherche subventionnée est préoccupante. Elle participe en certains secteurs d’une inacceptable volonté d’appropriation de la recherche universitaire par des intérêts privés, d’une détermination de l’extérieur de ses objets, d’une privatisation de ses résultats. En d’autres secteurs, notamment les humanités, cela érige en norme (la recherche subventionnée) ce qui n’est pas toujours nécessaire ou possible, et ceci au détriment d’une forme pourtant incontournable de la vie intellectuelle qui est l’étude de la tradition, laquelle ne coûte rien et ne peut guère se poursuivre ailleurs qu’à l’université.

5. Réaffirmer le caractère public de l’université

L’ouvrage défend l’idée d’université publique, mais reconnaît que ce vocable reste vague. Je m’efforce donc de le préciser. Je propose trois grandes séries de questions dont les réponses sont décisives pour déterminer si les relations qu’entretient une université avec la société qui l’abrite font d’elle, ou non, une université publique. Tout d’abord, quelles sont les sources du financement de ses activités? Ensuite, que réalise-t-elle avec ce financement? — autrement dit, quels sont les activités, les biens et les services qu’elle produit ou génère ? Enfin, comment cet ensemble est-il diffusé hors de l’université, et à qui et sous quelles modalités est-il rendu accessible?

6. Des critères pour penser ce caractère public de l’université

Selon quels critères juger du caractère public ou non d’une université, sur ces trois plans? J’en avance trois, que l’on modulera comme il se doit selon les différents secteurs et départements de l’université concernés (médecine, humanités, arts, éducation, ingénierie, etc.), où, à n’en pas douter, ils s’appliqueront chaque fois un peu différemment — mais je ne peux entrer ici dans ces (importantes) considérations.

Ces critères sont : la compossibilité des biens produits, c’est-à-dire le fait qu’en les donnant à autrui on les possède encore (c’est le cas du théorème de Pythagore; pas d’un brevet d’invention); la multiplicité des relations (« Par définition, l’université entretient des relations avec un nombre potentiellement très large de regroupements au sein de la société. La multiplication de la quantité et de la qualité de ces liens librement consentis est un indice du caractère public d’une université. Elle témoigne que l’université et ses riches ressources ne sont pas monopolisées par un groupe et par ses intérêts particuliers. Je soutiens donc qu’une université publique doit encourager dans son enseignement et sa recherche la multiplication de ces relations. »); la liberté universitaire, et en particulier la possibilité de choisir ses objets et ses méthodes de recherche, qui devrait être défendue bec et ongles partout où elle est menacée.

7. Le domaine de la lutte

Ce livre se ferme sur des propositions d’action. J’y prône notamment la lutte contre ce qui mine de l’intérieur l’université dans sa mission fondamentale; je préconise de se porter aujourd’hui à sa défense contre ces nouveaux ennemis, depuis ces programmes bassement utilitaires qui ont été mis en  place jusqu’à cette recherche aux visées mercantiles, en passant par les modes de gestion qui rendent possible cette métamorphose et qui la font croire importante, utile et  inévitable; je préconise la poursuite et la défense de cette recherche libre, qui est de plus en plus menacée, le refus de prendre part à des activités au contenu intellectuel douteux, mais d’une grande rentabilité, et le refus de se plier aux diktats des entreprises ou de l’État; je prône aussi la création de cours libres, crédités ou non, pouvant se donner au sein de l’université, mais aussi hors et indépendamment d’elle. Je réclame enfin et surtout la tenue d’états généraux de l’université, moment de délibération collective sur ce que nous voulons que soient nos universités.

8. De la sécession

La dernière piste de réflexion que je mets de l’avant reprend une idée qu’exprimait il n’y a pas si longtemps un libertaire américain bien connu, Paul Goodman (1911-1972). Son point de départ était le suivant :

Qu’ont fait, demandait-il, à divers moments de l’histoire de l’université depuis le Moyen Âge, certains universitaires et certains étudiants quand la forme prise par cette institution ne leur convenait plus du tout? Ils ont fait sécession. C’est même souvent à travers cette dissidence que l’université a trouvé de quoi se régénérer.

De telles sécessions ponctuent l’histoire de l’institution. La dernière en date et la plus célèbre est celle de la création de la New School of Social Research, de New York, née de la sécession de professeurs dissidents des universités Stanford et Columbia.

Faisons-le une fois de plus, suggérait Paul Goodman en 1962. Je reprends à mon compte son idée, et j’imagine facilement une cinquantaine de professeurs accompagnés de quelque 300 étudiants fondant tous ensemble un institut universitaire voué au Studium Generale, à l’abri des désormais sclérosants contrôles extérieurs administratifs et bureaucratiques et des ennemis intérieurs aux mille visages, et sortant de la logique de la production et de la croissance à tout prix dans le but de fonder une véritable communauté intellectuelle.

9. Osez rêver

Bien des questions concrètes soulevées d’emblée par pareille proposition demeurent sans réponse, j’en suis pleinement conscient. Mais on a encore, j’ose espérer, le droit de rêver…

 

Source: BAILLARGEON, N. , Je ne suis pas une PME; plaidoyer pour une université publique, Collection « Essai libre », Les éditions Poètes de Brousse, 2011, Montréal, 91 pages.

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L’échec des médias de masse

Source : Luc Vaillancourt, le 6 juin 2012, Mauvaise Herbe

Si j’ai accepté de me joindre à l’équipe de la Mauvaise herbe, moi qui ai en sainte horreur toute forme d’adventice, jusqu’à consacrer une partie de mes vacances à les arracher une à une et manu militari, c’est d’abord parce que je me reconnais moi-même comme étant de mauvaise graine, a fortiori depuis que le gouvernement du Québec s’emploie à amalgamer, avec la complicité des médias de masse, carré rouge et violence, faisant de ceux qui, comme moi, supportent la lutte contre la hausse des frais de scolarité, des délinquants par association.

Qu’on se rassure, je ne suis pas en train d’inférer qu’il existe un vaste complot unissant l’élite journalistique du Québec au Parti Libéral de Jean Charest. Je veux plutôt attirer l’attention sur le fait que la presse québécoise (et La Presse en particulier) s’est trop souvent contentée dans les quatre derniers mois de relayer le discours gouvernemental sans prendre la peine de l’analyser en profondeur afin de départager ce qui relève de l’information et ce qui participe carrément de la propagande. Cela tient en partie au fait que, devant le déluge de nouvelles qui déferlent chaque jour, le journaliste lambda n’a guère le temps de prendre du recul et de vérifier les faits avant l’heure de tombée, et le recours de plus en plus fréquent aux services d’agences de presse comme Q.M.I. ne favorise en rien l’approfondissement des questions soulevées par l’actualité.

Le gouvernement l’a bien compris et pour être certain que son message passe, il cultive les formules brèves et la répétition: « chacun doit faire se juste part », « 50 sous par jour », « les frais de scolarité les plus bas au pays ». Si l’on n’a pas entendu ou lu ces phrases au moins 100 fois ces derniers mois, c’est que l’on était en exil ou dans un coma profond. Or, ces «informations» ne sont pas neutres et méritent au minimum d’être interrogées. Qui l’a fait ? Quand et combien de fois ?  Pour espérer déconstruire la propagande d’État, il faut d’abord la reconnaître comme telle et lui opposer une force équivalente. Même si les leaders étudiants bénéficient d’une excellente couverture de presse, leurs voix  ne suffiront jamais à faire taire la déesse aux cent bouches qui propage ses arguments captieux sur toutes les tribunes et même à coup de pubs payées avec l’argent des contribuables : « Un mensonge répété 10 fois demeure un mensonge. Mais répété 1000 fois, il devient une vérité » a dit un jour un certain Adolf.

Il est déjà assez complexe de déconstruire des arguments d’apparence logique, comme celui de « la juste part » qui frappe l’imagination et s’impose comme une évidence jusqu’à ce que l’on se livre à une démonstration en règle, prouvant, avec exemples à l’appui cette fois, que l’idée n’a de sens que si tout le monde fait justement sa part, ce qui n’est pas le cas, hélas, dans une société où les richesses sont concentrées entre les mains d’une minorité. Mais si, au surplus, il faut s’évertuer à contrer la mauvaise foi systématique du gouvernement dans ce dossier (comme quand le Premier ministre assimile à des « menaces » la volonté des organisations étudiantes de profiter de la visibilité des événements touristiques pour attirer l’attention sur leur cause, ou lorsqu’il prétend que ce sont les étudiants qui refusent de faire des compromis, alors que si l’on examine de près tout ce que le gouvernement a mis sur la table jusqu’à présent, on constate que les concessions ne sont qu’apparentes, comme ces bourses de 5000$ que personne ne réclamera jamais puisqu’il faudrait renoncer à travailler pour y toucher et consentir paradoxalement à un endettement plus grand afin de combler le manque à gagner), il n’y a pas d’espace assez grand dans les médias de masse pour développer un contre-argumentaire efficace.

Et c’est justement face à ce constat d’impuissance des médias traditionnels à prendre le temps et l’espace qu’il faut pour traiter d’une question d’importance que m’est venue l’envie de me joindre à la Mauvaise herbe. Je me sens le devoir impérieux de faire la chronique des échecs de nos professionnels de l’information dans le conflit actuel, moi qui ne suis pourtant qu’un simple amateur, sans expérience journalistique antérieure et qui ne peut compter, au mieux, que sur de modestes compétences en rhétorique et analyse des discours, disciplines que j’enseigne, entre autres choses, à l’Université du Québec à Chicoutimi. J’aborderai éventuellement d’autres sujets, mais pour l’heure et comme avec les adventices qui prolifèrent sur mon terrain, je m’accorde le droit d’être monomaniaque.

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Les médias au service de l’ordre dominant

 Cinq choses que nous avons à leur dire

Source : Thomas Dussert, Martin Jalbert, Joan Sénéchal, le 31 mai 2012, Vigile.net

Ce texte, nous en sommes conscients, est incompatible avec le format et les conditions qu’impose l’espace médiatique pour accueillir une parole comme la nôtre — en l’occurrence trop longue, peut-être trop alambiquée, trop virulente à leur endroit. Nous n’avons pas cherché à le formater de manière à ce qu’un de nos quotidiens lui fasse peut-être la grâce de le publier. Nous voulons pourtant que ce texte soit lu. S’il vous semble en valoir la peine, faites-le connaître autour de vous.

La présente lutte pour une accessibilité égalitaire à l’éducation met au grand jour les moyens, les forces et les alliés dont dispose l’élite socio-économique qui tire profit de toutes les inégalités. Ce sont certes les éluEs inflexibles et retors qui cherchent à nous faire prendre les vessies de leurs décisions anti-sociales pour les lanternes de la nécessité économique. Ce sont aussi les agents de la répression et de l’intimidation, police et anti-émeute, qui défendraient volontiers un système autoritariste fondé sur le principe de l’ordre pour l’ordre plutôt que sur un principe de justice sociale. À ces deux protagonistes, toujours visibles et sous les feux de la rampe, il faut ajouter ces autres, plus discrets mais tout aussi influents :

1. les recteurs, principaux et autres dirigeants des établissements scolaires qui ont exigé la hausse des frais de scolarité ;

2. les juges qui ont ordonné des injonctions ;

3. enfin, les prétendus experts concentrés dans les think tanks néolibéraux, comme l’Institut économique de Montréal pour qui la hausse prévue est encore trop modeste.

Ces trois protagonistes apparaissent clairement pour ce qu’ils sont : de véritables tiers inclus engagés aux côtés des élites dirigeantes dans les décisions portant sur le monde commun et prêts à défendre celles-ci publiquement depuis les fonctions et les pouvoirs dont ils disposent. Le conflit actuel rend plus explicite encore le fait que leur inclusion est proportionnelle à l’exclusion de la société civile dont font partie les étudiantEs et leurs alliéEs, qui ne demandent pourtant pas grand-chose.

Mais tous ces puissants commis de l’ordre établi et de la richesse ne seraient rien sans un autre allié de taille : les grands médias, ces véritables machines interprétatives capables d’orienter et de façonner une « opinion publique » (car on postule toujours qu’il n’en existe qu’une…) dont ils alimentent et réconfortent les pulsions conservatrices ordinaires. Si les médias mainstream usent de la puissance dont ils sont dotés — la puissance de commander et faire advenir les manières de penser, de sentir et de percevoir les réalités —, ils le font, pour le cas précis de la lutte étudiante, dans une direction très précise : en cherchant à dissiper et à décourager les efforts visant à construire un monde meilleur, en tentant d’anéantir le désir et l’espérance de maîtriser son destin, en s’efforçant de refermer le champ des possibles ouvert par les étudiantEs, en faisant tout pour conjurer le spectre de l’émancipation et de la révolte au nom de l’égalité et de la justice. C’est bien en quoi ils sont de grands serviteurs de l’ordre dominant, passés maîtres dans l’art d’informer la docilité et l’assujettissement collectifs. Nous avons cinq choses à leur dire.

1. Comme les élites dirigeantes qui font diversion sur le fond du conflit en cherchant à diviser et à exclure une partie du mouvement, vous êtes de véritables agents de la division et de la diversion

Un facteur de réussite des luttes sociales et politiques réside dans la capacité à éviter les brèches susceptibles de faire éclater l’union des personnes et des groupes en lutte, ces brèches par lesquelles arrivent généralement, d’un côté, l’exclusion de la partie plus contestataire et, de l’autre, la bonne vieille traîtrise de l’ensemble du mouvement par sa partie plus modérée. La solidarité tenace entre les étudiantEs, la persistance de leur combativité et la reconnaissance d’un groupe contestataire comme interlocuteur valide et protagoniste légitime de la lutte actuelle sont, selon nous, les trois principaux éléments qui font l’événement de ce mouvement politique d’envergure qui a jusqu’ici réussi à contourner cet écueil. Vous n’êtes pas seulement en train de passer sous silence cette événementialité, mais vous agissez de façon à en amoindrir l’importance, et partant, à amoindrir le mouvement lui-même. Bien plus, vous excellez dans cette tâche qui consiste à débusquer, à creuser et à grossir les brèches dans la solidarité entre les acteurs en présence. Votre manière acharnée de stigmatiser tel type de perturbation, de marginaliser tels types de manifestants, de prioriser les confrontations avec les forces de l’ordre, enfin de rechercher les altercations entre « pacifistes » et « casseurs » plutôt que de faire valoir les discours, longuement argumentés ici, plus lapidaires là, dont ces nombreuses manifestations et actions sont le cadre n’est que la face visible de vos manœuvres de diversion et de division. Par ailleurs, comme les élites dirigeantes, vous faites tout pour faire l’impasse sur la rationalité dont procèdent la lutte contre la hausse et l’ensemble des mouvements sociaux. Peut-être est-ce parce que vous êtes incapables de vous hisser à la hauteur de l’analyse globale que formulent les étudiantEs mobiliséEs, trop occupés que vous êtes à couvrir les manifestations sous le seul angle de la « violence », terme que vous employez de façon floue, comme les dirigeants, en vous gardant de spécifier s’il désigne le vandalisme, les atteintes à l’intégrité physique ou la répression policière. Peut-être est-ce parce qu’il n’existe pas, à vos yeux, une telle chose qu’une rationalité collective, se solidifiant et s’approfondissant au sein d’une lutte.

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Nous sommes immenses

Source : Philippe Ducros, le 30 mai 2012, Le Devoir

Depuis plus de cent jours… Peu à peu, pas à pas, malgré un cynisme décadent et une condescendance outrancière de la part de nos dirigeants, le Québec se lève, réclame solidarité, et proclame un ras-le-bol de l’intégrisme économique. Ce qui se passe chez nous est historique, le combat dépasse largement nos frontières et se positionne sur des enjeux bien plus grands que la question des droits de scolarité.

Depuis plus de cent jours…

Malgré les lacrymogènes, malgré les matraques et les arrestations massives, nous redéfinissons le monde. Au lieu de subir une fois de plus l’asservissement néolibéral, nous sommes en train de forcer peu à peu l’Histoire à faire le prochain pas, à franchir les barricades des idées préconçues du sacro-saint capitalisme débridé.

Le mirage ne tient plus. Nous avons soif.

Cette marchandisation de l’éducation et ce détournement des lieux de savoir vers les intérêts corporatifs s’inscrivent dans une idéologie qui englobe toutes les sphères de notre vie, de l’industrialisation de l’art à la privatisation de la santé, de la déforestation de l’Amazone, à l’Afrique éventrée par l’industrie minière.

Les étudiants du Québec sont visionnaires. Ils nous ont ouvert la voie. Nous sommes maintenant une nouvelle bouée dans le chenal dangereux du changement de paradigme mondial. Après la Révolution du jasmin et le Printemps arabe, après les Indignados d’Espagne, le mouvement Occupy, les insurrections de Londres et les grèves d’Athènes, nous voilà porteurs du flambeau. Partout au monde, les gens se lèvent, indignés. Nous venons de prendre le relais. Nous parlons maintenant au nom d’une population mondiale en quête de justice, de solidarité, d’équité.

Ce que nous portons nous dépasse.

En notre carré rouge se trouve l’espoir du peuple grec asphyxié sur l’autel de l’austérité. S’y trouve un abri pour les errants des mesures économiques, les expatriées des subprimes, les réfugiés de Katrina sept ans après l’ouragan, ainsi que pour les autres victimes des bouleversements climatiques liés à notre boulimie énergétique. S’y trouve un remède contre les dérives radioactives, contre l’amiantose et les nouvelles maladies respiratoires. Et plus que tout, s’y trouvent des bibliothèques gratuites pour les analphabètes du monde, de l’eau pour les naufragés industriels et des rations pour les affamés laissés au creux du gouffre grandissant entre riches et pauvres.

Ce carré rouge est un radeau pour les migrants qui doivent fuir la sécheresse de leurs terres exploitées par nos multinationales, c’est une demeure pour les expatriés des ravages miniers, les chômeurs, les expropriés, les marginalisés du système économique.

En nos casseroles, bouillent la colère des dépossédés et les larmes laissées par les restructurations et les licenciements. Nous nous cuisinons des lendemains autres que ceux d’une démocratie corporative vendue à bout portant au plus offrant.

Nos rues sont des parlements modernes, les gens qui y marchent sont géants, on les voit de Los Angeles à Londres, de Buenos Aires à Kinshasa. […]

Et là-bas, au loin, de l’autre côté des mesures de privatisation du FMI, de l’autre côté de la guerre économique, à l’autre extrémité de nos multinationales, les dépossédés des zones franches industrielles qui, par miracle, entendent la clameur de nos chants, se disent : enfin ! Enfin, il y a quelqu’un !

Alors, ça fait peur. Alors, on nous craint. On veut nous taire. Partout, les lois spéciales ont été adoptées, de la Russie à la Suisse en passant par l’Espagne… Des lois de panique, des lois-bâillons, des lois matraques. Mais nous resterons debout. Nous mijotons un monde à notre image. Oui, ça prendra du temps, mais ce sera toujours mieux que de faire du temps.

Partout, les médias tentent et tenteront de nous discréditer. De jouer de la sémantique, de blasphémer le vocabulaire pour réduire la grandeur de ce mouvement. L’idéologie dominante a besoin de stéréotypes pour survivre. On veut nous réduire, on se moque des enjeux et des porte-parole, on nous infantilise et l’ensemble de la machine médiatique s’arme pour détourner l’attention du coeur du combat. On veut nous pousser à dire que ce que l’on souhaite, c’est la modifier, cette idéologie dominante… Nous ne voulons pas la modifier, nous en voulons une nouvelle.

Et devant cette répression, devant le monopole de la violence, nous continuons à lancer un appel à la réflexion, un appel à un moratoire sur les droits de scolarité, à un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste, du pétrole, un moratoire sur la vente au rabais de nos ressources. Un appel à l’équité, et à une économie solidaire.

Et alors, leurs sondages colleront au fond de nos casseroles, les rues s’écrouleront sous nos pas, parce qu’actuellement, on réapprend son voisin, on réentend les recettes de la solidarité, on redécouvre la saveur de la démocratie, de la liberté.

Nous sommes géants. Et ça prend des géants pour faire faire un pas à l’Histoire.

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Rien n’arrête le printemps érable

Source : Alexandre Duyck, le 27 mai 2012, Le Journal du Dimanche

REPORTAGE – L’ampleur de la contestation étudiante va bien au-delà du simple dossier de l’augmentation des droits d’inscription à l’université. Jusqu’où iront-ils? 

Sous la chaleur écrasante, il faut marcher longuement avant de parvenir chez Marie-Hélène Méthé. Jour après jour, soir après soir, dans la rue ou sur les réseaux sociaux, cette femme chaleureuse aux beaux cheveux gris, qui a élevé six enfants, incarne à sa façon la colère qui secoue depuis 105 jours le Québec. Comme 1.525 femmes, Marie-Hélène Méthé a rejoint sur Facebook le groupe des Mères en colère et solidaires. Son fils aîné a eu deux dents cassées par la police. « Nous n’étions pas des guerrières dans l’âme, mais avec un pareil gouvernement, c’est devenu une obligation. Une clique veut nous faire taire, nous, les résistants, les grandes gueules, les Québécois. Mais un vent de liberté souffle sur notre pays, et notre Premier ministre va entrer dans l’Histoire la tête entre les jambes, comme on dit ici. »

Un nouveau clivage dans la société entre gauche et droite

Au départ centrée sur la seule question estudiantine (l’augmentation des frais d’inscription à l’université de 82% sur sept ans), la lutte fédère désormais tant de mécontentements et rassemble tant de personnes n’ayant jamais manifesté que le gouvernement panique. Également accusé de corruption, de saccager l’environnement, de brader les services publics, le Premier ministre conservateur de la Belle Province, Jean Charest, s’est séparé en une semaine de sa ministre de l’Éducation et de son propre directeur de cabinet. Insuffisant : hier soir encore, des milliers d’habitants de Montréal de tous âges sont ressortis pour taper sur des casseroles, comme le faisaient les Chiliens sous Pinochet. Ils étaient plus de 200.000 mardi pour une grande marche.

La façon dont le gouvernement gère cette crise historique serait à enseigner dans les universités de sciences politiques. Le 18mai, les autorités restreignent très fortement (via la loi 78) le droit de manifester. Poussant dans la rue des dizaines de milliers de personnes qui dénoncent désormais une « dérive autoritaire » du pouvoir (700 arrestations mercredi soir). Rassurant aussi ceux qui soutiennent l’augmentation des frais de scolarité, craignent une « révolution » ou des répercussions sur la saison touristique ainsi que sur la tenue du Grand Prix de formule 1 dans deux semaines. « J’y vois une réaction de panique, doublée d’un vrai cynisme », analyse Christian Nadeau, professeur de philosophie à l’université de Montréal.

Lui-même, douze ans après être devenu professeur, continue de payer 150 dollars canadiens (116 euros) tous les mois pour rembourser l’emprunt contracté pour financer ses études. Beaucoup de ses étudiants ont emprunté 20.000 dollars (15.500 euros). Ce qui ne choque pas les jeunes gens aisés de l’université McGill non gréviste, qui héberge de nombreux étudiants américains. Ni la plupart des professeurs anglophones qui comparent avec le coût des études dans le reste du Canada ou aux États-Unis (lire ci-dessous). « La réalité est que ce gouvernement tend à remettre en question le modèle social québécois, qui a toujours été, malgré ses défauts, une exception en Amérique du Nord », reprend Christian Nadeau. Une exception que les autorités, au nom d’une vision « lucide » de la situation économique, entendent remettre en question. « Du coup, nous assistons à l’émergence d’un clivage dans la société non plus entre indépendantistes et souverainistes mais bien entre gauche et droite, vision socialdémocrate à l’européenne contre modèle libéral à l’américaine. Le génie du mouvement des casseroles est donc de démontrer que ce qui se joue est d’abord un mouvement de lutte sociale. »

Radicaliser une partie de l’opinion publique. Jouer sur la lassitude des manifestants et sur les divisions qui ne manqueront pas d’apparaître entre les trois principales organisations d’étudiants… Parier sur la division de la société. « Je suis indignée d’avoir vu des profs bien payés bloquer l’accès aux cours, brandir déloyalement des banderoles encourageant le boycott… Les syndicats ont financé la révolte. Tous profitent mesquinement de la rébellion sans rien risquer, entretiennent le feu… « , écrit dans Le Quotidien la chroniqueuse Myriam Ségal.

Le réveil des aspirations indépendantistes

Le gouvernement du Premier ministre conservateur, Jean Charest, fait ce pari risqué. Publié vendredi par Radio Canada, un sondage accuse Charest d’être le principal responsable de la crise. Patron de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Michel Arsenault assure au JDD que « le pouvoir a mis trois mois à accepter de négocier. Les Québécois considèrent l’éducation comme un investissement et non comme une dépense. Ils ne pardonnent pas non plus aux autorités de matraquer leurs enfants. Ce qu’ils espèrent désormais, outre la sortie de crise, c’est l’organisation d’élections dès l’automne ».

Les négociations entre la nouvelle ministre de l’Éducation et les syndicats doivent reprendre, mais, en attendant, les manifestants sont chaque soir plus nombreux. « On y fait connaissance avec des inconnus, avec des voisins, avec des personnes âgées », se réjouissent Martine Hardy et Julie Rhaindes, deux étudiantes. La première, en doctorat, a déjà emprunté 20.000 dollars ; la seconde, en première année, 4.000 dollars (3.100 euros), alors qu’elle travaille durant toutes les vacances scolaires. Mais toutes deux manifestent désormais autant contre les droits d’inscription que contre l’exploitation des gaz de schiste et l’instauration de la loi 78… « Pourquoi un mouvement social prend-il une telle ampleur ? C’est toujours un mystère », soutient Éric Martin, professeur de philosophie au collège Édouard- Montpetit et chercheur à l’Institut de recherches et d’informations socio-économiques. « La contestation a même réveillé les aspirations des indépendantistes, je n’ai jamais vu autant de drapeaux québécois depuis des années, se réjouit-il. La fragilité de l’identité québécoise, le risque de dépossession sont réels. Une parole québécoise se réveille au moment où l’on voudrait nous bâillonner. »

 

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Radicalisation politique et sociale; deux dangers alimentés par la loi 78.

Par Jean-Claude Moubarac

Je vis hors du pays depuis huit mois et pour encore un an. Je suis le conflit social qui existe au Québec depuis plusieurs mois, et il devient frustrant de ne pas pouvoir y participer, surtout lorsque l´enjeu est fondamental. En tant que citoyen canadien, je ne peux que prendre la plume et partager ce que je ressens. Excusez-moi si je suis biaisé, mais j´ai à cœur l´égalité, la justice et l’émancipation des peuples.

Ce qui se passe au Québec est le reflet d’une crise mondiale. C’est la montée de la droite libertarienne, qui partout sur la planète tente d’imposer son idéologie, par la force et la répression. Le Québec qui a trainé de la patte, rejoint lentement les rangs. Nos voisins du Sud sont profondément ancrés dans un système de santé et d’éducation qui coûte cher, et qui creuse une profonde division entre les riches et pauvres. Les inégalités sociales de santé aux États-Unis sont parmi les plus importantes sur la planète. Lorsque je contemple ce qui se passe aux États-Unis, je me dis heureux de vivre au Canada. Du moins jusqu’à récemment. Le scénario qui se construit au Canada, et au Québec depuis plusieurs années est hautement inquiétant. Nous sommes en train de perdre l´identité propre d´un pays qui autrefois pouvait se montrer fier devant le monde; un pays qui véhiculait des valeurs de paix, de justice sociale et d´égalité. Partout sur la planète, les Canadiens et les Québécois étaient perçus et respectés comme des peuples pacifiques et socialement avancés. Cette image est en train de s’effacer. Les récents évènements au Québec qui ont culminé avec l’adoption de la loi spéciale 78 témoignent que nous sommes entrés dans une nouvelle saison; et l’été sera chaud.

Avec la montée des conservateurs au pouvoir, le Canada est passé d’un pays à réputation pacifique à un pays agresseur, en droite lignée de la politique de l’Oncle Sam. En Afghanistan, en Syrie, et récemment en Libye, le Canada occupe un rôle de plus en plus important au sein de l’OTAN, et les dépenses militaires au pays gonflent graduellement. Le Canada prend du pouvoir, et devient belligérant, secret, prétentieux et prend de méticuleux moyens pour se retirer de toute initiative à caractère humain; le rejet de Kyoto, l´accentuation des conflits armés, le déni formel de toute reconnaissance aux Palestiniens, le développement d’un état policier au pays, les arrestations préventives, et sans aucune doute, l’usage de l’espionnage civil et pourquoi pas la torture, il ne serait pas étonnant. Au Québec, la tentative d’écraser le mouvement social étudiant qui refuse de voir l’éducation relayée au second rang n’est que le reflet du durcissement de la droite au pays, et dans la Belle province. Après-tout, Charest était un conservateur.

Pourquoi se battre aujourd’hui?

On dit que la cause étudiante n’est plus au sujet des droits de scolarité, et que certains en profitent pour tenter de renverser le capitalisme sauvage qui se pratique dans notre province. Certes, et c’est justement le point sensible. Les étudiants s’opposent à une gestion malsaine des cégeps et des universités; depuis plusieurs années, l’enseignement est relayée au second rang derrière la recherche qui produira des innovations rentables. Soumettre l’éducation à la doctrine capitaliste telle que promue par la droite libertarienne; voilà le cœur du conflit. Et ce conflit se retrouve partout au pays; dans la gestion de l’environnement, la gestion de la santé, comme de l’éducation. Fondamentalement, il faut se battre pour refuser de voir le Canada, et le Québec, perdre son identité pacifique, égalitaire et social-démocrate. Ceci n’est pas une lutte personnelle, c´est une cause sociale qui concerne tout un chacun, c´est l´avenir de nos enfants et de nos parents qui deviendront ainés. Le mouvement étudiant nous offre l’opportunité de refuser de voir la société québécoise devenir un état d´extrême-droite, où la santé, l´éducation, l’environnement et la culture seraient relayés au second rang au profit non pas des entreprises privées, mais de larges corporatives qui exercent un quasi-monopole sur les ressources, les services et nos vies. C’est le refus de vendre le Nord pour un plan de développement qui enrichira les quelques compagnies contractuelles et appauvrira tout le peuple, à moyen et long terme, qu’il soit Innu, Québécois de souche, Libanais ou Italien.

Le Québec a rejeté en bloc le gouvernement conservateur lors des dernières élections mais ne soyons pas dupe: le gouvernement libéral du Québec a pris lui aussi un virage vers l’extrême-droite et les réactions aux événements de ce printemps sont la pointe de l’iceberg. Le parti Coalition Avenir Québec, est un autre symptôme de la radicalisation de la politique du Québec vers la droite. Le silence, pis encore le cynisme par lequel le gouvernement libéral traite le peuple démontre à quel point il le méprise. Le contrat social s’est effrité et maintenant il a été brisé. Le gouvernement se tait ou il se moque de nous, il refuse de reconnaitre la cause qui est en jeu, et on devrait tout bêtement rentrer chez soi en attendant la prochaine élection? La loi 78 est une technique de bâillonnement, et le pire restera à venir si l’on laisse ce gouvernement s’en tirer.

Je déplore la violence, toute forme soit-elle. Mais soyons juste. Le conflit ici se déroule entre deux factions; le peuple et l´état. L´état possède une force policière, et use des tribunaux pour bloquer, scinder et affaiblir le mouvement social actuel (qui n’est pas un mouvement étudiant, mais qui inclut maintenant tout un pan de la société). Le peuple manifeste, crie, proteste et parfois certains deviennent frustrés et agressifs (ce n’est qu’une minorité qui commet des actes de vandalisme). Mais cette violence, qui n’est pas généralisée, est le symptôme du désespoir et de l’état profondément malade de la société actuelle). La violence n’est pas n’est pas souhaitable, d’accord. Mais son existence devrait nous préoccuper plutôt que de simplement condamner les individus qui y ont recours. Avant de juger ces gens, comprenons que ceci est une situation hautement déséquilibrée; le cynisme du gouvernement et l’escalade à la violence pratiquée par le corps policier n’engendre rien de bien. La loi 78 aura comme effet d’alimenter la haine et la frustration qui envahit la jeunesse. N’oublions pas que les néo-conservateurs des États-Unis ont usé et usent toujours de techniques sophistiquées pour soutenir et fomenter des manifestations violentes; ils espionnent, infiltrent et fomentent des conflits pour ensuite justifier l’usage de la force pour maintenir l’ordre. Pourquoi ce serait différent au Canada et au Québec? L’ex-Ministre de l’éducation avait clairement repris les stratégies et le discours des néo-conservateurs sous l’ère Bush : il faut choisir son camp disait-telle, entre la discussion et la perturbation, entre le bien et le mal. La loi spéciale qui est entrée en vigueur le 17 mai 2012 est un signe manifeste que le gouvernement du Québec privilégie la force et la répression pour contrôler la masse publique, au nom de la liberté et de la paix sociale : une technique copié-collé aux néo-conservateurs des États-Unis.

La loi 78 est une atteinte à la liberté d’émancipation, d’expression et d’association. Mais surtout, elle confond la violence avec les libertés et les droits de contestation. Dans ce contexte, les grands gagnants seront les groupes politiques et sociaux qui se radicalisent, à droite comme à gauche. Je déplore toute forme de radicalisation et d’extrémisme politique. Je ne suis pas un anarchiste, ni un communiste, et encore moins un néo-conservateur. Je croyais jusqu’à aujourd’hui que le Québec, et le Canada, jouissaient d’un climat politique équilibré; une société social-démocrate. Je refuse de voir notre pays, et notre province, devenir des états d’extrême-droite. Ceci n´est pas le pays chéri par mes parents lorsqu’il ont quitté de force un pays en guerre il y a 35 ans. Ceci n’est pas le pays souhaité par tous les immigrants qui ont choisi le Canada et le Québec comme terre d’accueil. Ceci n´est pas le monde dans lequel je souhaite voir grandir mes enfants. De grâce, cette cause sociale va bien au-delà des frais de scolarité, c´est l´avenir de notre société qui se radicalise et qui forge son modèle sur la montée de la droite libertarienne, aux États-Unis et en Angleterre.

Le monde entier nous perçoit différemment et espère meilleur; mais cette réputation nous glisse entre les doigts. N’abandonnons pas ces valeurs chères d’égalité, de justice sociale, de développement humain, d’harmonie écologique et de respect pour l’humanité.

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Un grand tonnerre. Lettre ouverte aux étudiantes et aux étudiants

Source : Christian Nadeau, le 17 mai 2012, Le Journal des Alternatives

Chères étudiantes, chers étudiants,

Vous me permettrez tout d’abord de m’adresser à votre groupe dans son
ensemble, et non à vos porte-paroles, ou à ceux que les médias nomment
vos « leaders », une expression qui reflète bien l’abrutissement
servile de notre époque. Voilà pourquoi je veux parler à tous les
militants et militantes du mouvement étudiant.

Je vous écris cette lettre afin de vous saluer et de vous demander,
humblement, de nous aider à poursuivre votre œuvre. Votre lutte est la
renaissance de la gauche au Québec, endormie depuis des années par les
privilèges de quelques-uns et étourdie par sa propre rhétorique
préfabriquée. Vous êtes les travailleurs de la liberté. Vous avez
dénoncé les fastes doucereux de nos paradis artificiels.Vous nous avez
rappelé ce qu’est un peuple dans ce qu’il peut être de plus beau : un
grand acte de confiance. Vous nous avez parlé, vous nous avez tendu la
main, même lorsque nous vous laissions sans réponses. Mais il n’est
pas trop tard. Nous serons d’abord quelques centaines, puis des
milliers à œuvrer avec vous. Reste la question de la violence, qui
serait le mur entre nous. Mais de quelle violence parlons-nous au
juste ?

Violence et contestation

Il est confortable de condamner la violence lorsqu’on ne la subit pas
au quotidien. Commode de juger sans comprendre, et de juger en bloc
tous les étudiants pour des gestes favorisés, voire peut-être même
espérés avec cynisme par nos élus. Certes, certains d’entre vous
jugent que l’heure n’est plus aux évènements festifs où l’imagination
confronte le pouvoir. Mais vous savez aussi que la raison du plus fort
ne peut être la meilleure.

Pour ma part, je serai toujours contre un pouvoir qui est au bout du
fusil, quelle que soit la personne qui tient le fusil. Mais je n’ai
jamais vu une matraque entre les mains d’un étudiant. En revanche, je
n’ai jamais été témoin d’une telle violence à l’égard d’un groupe
social au Québec. Je n’ai jamais vu un tel mépris du gouvernement à
l’égard de ses propres citoyens. Je n’ai jamais vu une telle arrogance
d’un trop grand nombre de journalistes et de chroniqueurs devant ceux
qui pourraient leur apprendre à écrire et à s’exprimer décemment.

Le mouvement étudiant s’insurge contre les bastonnades par des
matamores de la matraque, maniant celle-ci comme s’il s’agissait d’un
hochet. Ils postillonnent du poivre de Cayenne et dégradent toute leur
profession. Je suis peut-être naïf, mais je demeure absolument
convaincu que les policiers sont profondément divisés sur l’image
donnée d’eux lors des répressions à la sauce militaire. Les charges
martiales de policiers en armures contre des manifestants pacifiques
n’ont pas pour premier but de vous effrayer. Elles visent en réalité à
vous humilier, jusqu’à ce que la raison cède le pas à la colère et
déclenche des hostilités dont les forces de l’ordre se voient déjà
vainqueurs. Voilà contre quoi vous luttez : à la raison du plus fort,
vous opposez la force de la raison. En dénonçant la violence commise
sur des personnes, vous avez rappelé le sens réel de ce débat moral.
Vous avez fait ce que vous faites depuis des mois : vous nous apportez
une parole édifiante

La grève est étudiante…

Chacun connaît le fameux passage de Terre des hommes, où l’auteur
condamne la volonté de mettre un terme à ce qu’il y a de meilleur dans
le cœur de tous. « Ce qui me tourmente, dit Saint-Exupéry, les soupes
populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni
ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun
de ces hommes, Mozart assassiné ». Cette phrase, souvent galvaudée,
résonne malgré tout dans le contexte actuel, car elle exprime le
dégoût devant l’ignoble. Le gouvernement s’obstine à vous mépriser, au
mépris même de sa raison d’être. Il espérait une humiliation publique
et il l’a fait à coup de matraque, mais aussi et peut-être surtout
d’invectives des chiens de garde des nantis, des profiteurs et des
saboteurs de la chose publique. Aux courtisans du pire, vous répondez
en refusant de perdre votre dignité. Vous offrez une leçon de morale
publique à un gouvernement qui ne se préoccupe plus d’honneur depuis
trop longtemps.

Mais la lutte est populaire

Il est étonnant de voir les commentateurs s’étonner du tournant
politique de la grève étudiante. Pourtant, depuis le début, vous avez
dit clairement pourquoi votre lutte concernait un enjeu fondamental de
notre société. Depuis le début, vous avez refusé toute forme de
corporatisme. Vous avez proposé des options et vous avez accepté tous
les débats sociaux, y compris avec ceux-là mêmes qui préféraient vous
traîner dans la boue plutôt que de vous accorder le moindre crédit.
Quelle que soit la suite des choses, vous avez déjà remporté une
victoire que vous avez eu l’immense générosité de nous offrir tous les
jours depuis le début de la grève.

Si une partie de notre société a voulu vous humilier, c’est qu’elle
craint le retour d’une véritable option social-démocrate. Si elle
réagit avec une telle violence à votre mouvement, c’est par peur de
ceux qui redressent l’échine et se disent prêts à défendre le bien
commun. Pourquoi vouloir enfermer la liberté dans une cage et briser
l’espoir d’une société plus juste ? Est-ce bien Mozart qu’on assassine
en voulant détruire votre mouvement ? Ne devrions-nous pas plutôt
chercher à comprendre pourquoi ils veulent tuer Jaurès ?

Un grand tonnerre

Je termine en vous remerciant, encore une fois, et en conviant tous
ceux qui, comme moi, ressentent au plus profond d’eux-mêmes cette
infinie reconnaissance qu’ils ont à votre égard, à en faire autant.
Nous saluerons votre courage, et votre refus de l’abdication. Et
ensemble, nous reconstruirons une société civile et un État que les
thuriféraires du privé voudraient voir disparus.

Chères étudiantes, chers étudiants, vous nous avez montré la voie. On
dit de vous que vous exigez l’impossible. Au contraire, vous ouvrez
les possibles. C’est la raison pour laquelle nous serons nombreux à
vous accompagner lors de la grande manifestation du 22 mai, en
marchant avec vous ou en formant une grande haie d’honneur pour saluer
votre détermination, en vous saluant de toutes les fenêtres. Nous
formerons ensemble un grand tonnerre, oui, un très grand tonnerre
d’applaudissements, une ovation dont l’écho se fera entendre encore et
encore, pour que dure la lutte et l’espoir.

P.-S.
Christian Nadeau est professeur au Département de philosophie à
l’Université de Montréal

 

→ Lire sur le site du Journal des Alternatives

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Message aux députés de l’Assemblée nationale

Mesdames, Messieurs,

Cette loi 78 qui sera certainement adoptée, cette loi du gouvernement Charest, de ses ministres et de ses députés est ignoble. C’est la seule action que ce gouvernement despotique a trouvée pour répondre aux revendications légitimes et raisonnables des étudiants après tant de jours de grève.

Cette loi bafoue les droits les plus fondamentaux de liberté d’expression, de liberté de manifestation, de liberté de rassemblement. Elle bafoue les droits fondamentaux des citoyens d’un État qui se prétend démocratique!

Cette loi menace et bâillonne les étudiants et elle est source de discorde et de violence pour toute la société québécoise; elle est une menace pour la paix sociale.

Si cette loi est adoptée, elle fera du Québec un État encore plus policier qu’il ne l’est. Cette loi de nature totalitaire prouve que les instances judiciaires et législatives sont à la solde d’une clique despotique, une clique qui défend des intérêts supérieurs qui ne sont pas ceux des citoyens. Une clique qui œuvre pour vendre le Québec et ses institutions au plus offrant. Une clique qui manipule presque toutes les voies de communication, qui désinforme.

Nous sommes des parents, des citoyens, des contribuables. Nous sommes solidaires depuis le début de ce conflit avec nos enfants dans la rue. Nous marchons avec eux; nous manifestons avec eux. Leur lutte est notre lutte. Nous sommes contre ces bouffons au pouvoir qui ne savent pas gouverner et qui brutalisent nos enfants par l’entremise de leur horde policière.

Le gouvernement Charest est responsable de toutes les violences qui ont été commises jusqu’à ce jour. Et nous tiendrons le gouvernement Charest responsable de toutes les violences qui seront perpétrées à l’avenir.

On ne répond pas au désir de négocier par la matraque. Nous en avons ASSEZ!

Line Maurel et Michel Baril

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Une dérive dans la protection des droits fondamentaux : Amnistie internationale s’oppose à l’adoption du projet de Loi 78

18 mai 2012

Alors que les débats sur la présentation du projet de loi 78 Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent  sont en cours à l’Assemblée nationale du Québec, Amnistie internationale se préoccupe vivement des potentielles limitations à des droits fondamentaux protégés par le droit international des droits humains et les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés de la personne.

« L’impact de ce projet de loi va bien au-delà de l’objectif du gouvernement. Amnistie internationale est notamment préoccupée par les limitations apportées au droit d’association et au droit de manifestation », déclare Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone.

Plusieurs articles du projet de loi peuvent limiter le droit de manifester pacifiquement et le droit d’association, et leur portée touche l’ensemble de la population, entre autres :

  • Les dispositions exigeant que les organisateurs des manifestations de 10 personnes ou plus dévoilent aux policiers au moins huit heures avant le début de la manifestation, par écrit, plusieurs renseignements, dont l’itinéraire et le mode de transport, et que les policiers puissent ordonner un changement de lieu ou d’itinéraire semblent nuire à la liberté d’expression en rendant plus difficile, par exemple, l’organisation de manifestations spontanées.
  • Il peut devenir difficile pour une personne participant ou souhaitant participer à une manifestation pacifique de savoir exactement quel geste peut être de nature illégale. Ceci accroît encore le pouvoir discrétionnaire de la police et peut mener à de la discrimination, voire des arrestations arbitraires.
  • Les sanctions financières imposées aux associations dans les cas où il serait impossible pour les établissements d’enseignement de dispenser des services en raison d’actes attribuables à des associations étudiantes nous paraissent trop élevées d’une façon alarmante. Elles pourraient limiter également la liberté d’association.
  • Le renversement de la preuve nous semble contraire aux principes de base de la responsabilité civile en rendant les organisateurs d’une manifestation responsables des actes d’autres personnes sans que l’on ait prouvé leur participation réelle aux actes fautifs.

Enfin, bien que le fait d’obstruer l’accès à un édifice puisse être sanctionné, perturber les activités d’un autre groupe n’est pas un motif suffisant pour suspendre le droit de manifester pacifiquement, et il est légitime pour des groupes de manifestants d’occuper l’espace public.

« Il est bien sûr légitime pour le gouvernement de souhaiter une sortie de crise, toutefois  cela doit se faire dans le respect de la primauté du droit. Amnistie internationale s’oppose donc à ce projet de Loi, rédigé dans un contexte de tension », conclue Béatrice Vaugrante. « Il comporte des dispositions susceptibles d’atteintes graves aux droits fondamentaux auxquels adhère notre société. Il s’agit d’un projet de loi dont les mesures sont discrétionnaires et qui ouvriraient la voie à une application arbitraire ».

→ Lire sur le site de Amnistie internationale

 

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Bloquons le projet de loi 78

Vous considérez que le projet de loi 78 déposée hier à l’Assemblée nationale est antidémocratique et dangereux  – on pèse nos mots – et vous voulez le dénoncer avec toute la force dont vous êtes capables?

Remplissez le formulaire en ligne pour appuyer la demande en nullité de la loi spéciale 78. http://www.loi78.com/

 

Faisons travailler ce qui nous reste de démocratie!

Le réseau des Parents contre la hausse en deuil des libertés fondamentales bafouées par la loi 78

 

Ps : Pour un avis juridique éclairé sur le projet de loi 78 :

http://www.juripop.org/medias/nouvelles/projet-de-loi-78-un-veritable-manifeste-contre-les-libertes-fondamentales-de-tous-les-citoyens-quebecois/

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Petite politique de la résistance à l’usage de mon fils

Lettre à Alexis
Source : Dominic Desroches – Nouveaux Cahiers du Socialisme, le 7 mai 2012

« La déso­béis­sance ci­vile est le droit im­pres­crip­tible de tout ci­toyen. Il ne sau­rait y re­noncer sans cesser d’être un homme. »

– Gandhi

Tu as été conçu en hiver et tu es ar­rivé juste avant le « prin­temps qué­bé­cois ». Tu es mon fils et tes pa­rents sont déjà fiers de toi. Nous avons ma­ni­festé trois fois en­semble, en mars et en avril, toi dans ta pous­sette et nous, forts d’une pan­carte sur la­quelle on pou­vait lire le slogan Prin­temps érable. Les étu­diants ma­ni­fes­taient, ils ma­ni­festent aujourd’hui, nous ma­ni­fes­tons à leur côté, mais le gou­ver­ne­ment li­béral ne veut pas en­tendre la rue, là où, sou­vent, la po­li­tique se joue. Le climat pour­tant forme des hommes et des po­li­tiques. Tu as vu le jour dans un Québec vic­time de mé­pris – nous sommes dans une pro­vince – et tu connaî­tras un monde en crise. Tu seras un jour un étu­diant, un homme et tu vou­dras en sa­voir plus sur l’histoire, l’invention de la dé­mo­cratie et les biens com­muns. Tu vou­dras peut-être com­prendre le contexte de nos photos de la « tem­pête d’Avril 2012 » et sa­voir pour­quoi tant de gens mar­chaient. Puisque l’histoire est là, sous nos yeux, je t’adresserai ra­pi­de­ment ces quelques mots.

L’histoire, la dé­mo­cratie et les biens communs

L’histoire est la longue marche des peuples. Contre la peur, elle vise à pro­curer plus de li­berté. La dé­mo­cratie, elle, est un ré­gime po­li­tique qui sup­pose que la dis­cus­sion et la vo­lonté de la ma­jo­rité sont su­pé­rieures à la vio­lence. Elle exige que l’information soit ac­ces­sible au plus grand nombre. Un bien est commun lorsque son usage et ses bé­né­fices se par­tagent sans coût et au plus grand nombre. Comme tu le réa­li­seras bientôt Alexis, le Québec a en­core beau­coup à ap­prendre de l’histoire po­li­tique. Car son peuple n’est pas libre, sa dé­mo­cratie est dé­tournée de sa fin par la sphère privée et l’éducation n’est plus consi­dérée comme un bien commun.

À qui sert la dé­mo­cratie québécoise ?

Alexis, nous avons marché et nous mar­che­rons en­core sans doute. Mais avons-nous marché pour rien ? Après avoir fait dé­ferler une marée hu­maine de 200 000 per­sonnes le 22 mars der­nier sur Mont­réal et s’être donné un prin­temps po­li­tique, les étu­diants ne sont pas en­core res­pectés par le gou­ver­ne­ment. Ils ont ma­ni­festé de ma­nière ori­gi­nale et pa­ci­fique pen­dant dix se­maines et la mi­nistre ne veut pas dis­cuter. Elle dit vou­loir, mais ce n’est pas clair. Elle aime les condi­tions, cette mi­nistre de l’Éducation. Elle quitte la table en ex­cluant la CLASSE. Toute crise exige un bouc émis­saire com­mode. La mi­nistre ne met pas d’eau dans son vin et trouve un pré­texte pour ac­cuser les étu­diants. Que c’est triste. Son col­lègue à la sé­cu­rité, pas très subtil, ac­cuse di­rec­te­ment le porte-parole de la CLASSE. Pour­quoi se com­porter ainsi ?

Or, que faire quand on a signé des di­zaines de pé­ti­tion et que rien ne change ? Que faire quand les mé­dias « conver­gents » sont in­ca­pables de cou­vrir, dans un bul­letin de fin de soirée, la journée la Terre a la­quelle nous avons par­ti­cipé et qui a réuni 250 000 per­sonnes à Mont­réal ? Que dire quand les jour­naux ne rap­portent pas les unes et les man­chettes des autres mé­dias, c’est-à-dire les jour­naux al­ter­na­tifs et les blogues ? Quand le pou­voir est concentré dans les mains de quelques-uns et qu’on parle en­core de dé­mo­cratie, ment-on à la po­pu­la­tion ? À qui peut-elle servir, cette dé­mo­cratie à géo­mé­trie va­riable, lorsque le gou­ver­ne­ment ne se sent pas concerné par la grève, qu’il joue sur les mots et qu’il se moque de ceux qui ma­ni­festent de­puis si long­temps ? Nous res­pec­tons le fait qu’une partie de la po­pu­la­tion ap­puie le gou­ver­ne­ment li­béral, que cer­taines per­sonnes ne pensent pas comme nous et qu’elles veulent que l’éducation coûte plus cher en­core, mais nous croyons re­pré­senter une partie non né­gli­geable de la po­pu­la­tion. On nous doit au moins le respect.

→ Lire la suite sur le site des Nouveaux Cahiers du Socialisme

 

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Le psychologue, le policier et le briqueteur

Deux contribuables amoureux –est-ce possible! – allaient devenir parents. Et la fortune leur sourit car, d’un coup, n’eurent ni un ni deux, mais bien trois enfants!

Les géniteurs pleins de bonté accueillirent ces triplets ravissants, quoique bien différents. Prêtant serment de les éduquer, chacun selon son tempérament, ils les baptisèrent Pierre, Jacques et Jean.

Bon… L’heure est grave – et le talent absent! – Au diable les rimes : allons droit aux idées!

S’ils avaient existé, les vers suivants auraient parlé de Pierre, garçon serviable et habile de ses mains, mais à ses études peu enclin. Et lorsque Pierre, à 16 ans, annonça à ses parents qu’il souhaitait se faire briqueteur, ces derniers auraient répondu en chœur : « Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu contribueras à la société. Sois briqueteur et sois-en un bon : toujours nous te soutiendrons! »

Ici, j’eusse placé quelques statistiques –pas très poétiques*! – D.E.P. : 1 an; entrée sur le marché du travail : 18 ans; salaire au début : 35 000$; salaire à terme : 72 000$.

Et j’aurais conclu la section sur Pierre à peu près comme suit : « Bien qu’ayant automobile et cellulaire, et buvant même parfois de la bière, sa formation, les contribuables payèrent, conscients que sans briqueteurs et gens de métier, une société ne saurait se développer. »

Puis, j’aurais suivi la même sente pour vous parler de Jacques, jeune homme vif et décidé qui, au sortir du secondaire, annonça qu’il souhaitait devenir policier.

Alors, ses parents auraient repris leur petite ritournelle – la répétition a quelque chose de charmant! – : « Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu contribueras à la société. Sois policier et sois-en un bon : toujours nous te soutiendrons! »

Puis, bla, bla, les statistiques. DEC : 3 ans; début d’emploi : 20 ans et, pour le salaire… l’équivalent de celui de Pierre!

Subtilement, j’aurais martelé encore: « Bien qu’ayant automobile et cellulaire, …

sa formation, les contribuables payèrent, conscients que sans policiers et autres techniciens, une société risque ses lendemains. »

Commencez-vous à me voir venir?

Finalement, j’aurai parlé de Jean, jeune homme intellectuel, chercheur de sens profond, qui passait des heures à faire ses leçons. Anticipant les sacrifices qu’il imposerait à ses parents, c’est honteusement qu’il leur avoua vouloir devenir psychologue.

Ses parents justes et aimants itérèrent : « Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu contribueras à la société. Sois psychologue et sois-en un bon : toujours nous te soutiendrons! » – Les parents sont souvent naïfs, vous savez? –

Puis : neuf années d’études postsecondaires à la ville; premier emploi à 26 ans; parents un peu fauchés et, pour lui, dette de plusieurs milliers, pour aboutir à un salaire… tout à fait semblable à celui de ses frères!

Étrangement, pour Jean, je ne pourrais ajouter : « Bien qu’ayant automobile et cellulaire, … » parce que, pour ce bouc universitaire, ce p’tit gâté, les citoyens en ont maintenant ras-le-bol de tout payer!

Alors, à l’intention de ces contribuables sans amour, j’aurais glissé une stance acerbe sur l’aveuglement d’un peuple pas même capable de se rendre compte que, sans ses universitaires, une société court aussi à la misère.

Finalement, dégoûtée, j’aurais conclu cette fable avec une morale du genre : « Ou bedon, bons parents, ne faites pas aimer l’école à vos enfants; Ou bedon, bonnes gens, élisez un gouvernement aimant. »

Voilà!

* statistiques recueillies sur le système informatisé Repères.

Isabelle Gascon Mère de sept enfants Trois-Rivières Familleg53@gmail.com

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Des nouvelles du Bébé Bloc

Nous sommes environ une centaine de personnes à nous être réunis en fin d’après-midi au métro Champ-de-Mars pour prendre part à ce contingent. Le bébé bloc était en queue de manif, accompagné d’une fanfare, de clowns et bien encadré de ses bannières pour délimiter notre regroupement. Des consignes claires avaient été établies et partagées avec les manifestant.es pour assurer la sécurité de tout le monde. Nous avons marché un bon bout de chemin avec la manifestation, dans la bonne humeur et un esprit festif. Bien entendu, les policiers étaient omniprésents et la tension était palpable. À un moment, la cavalerie qui suivait la manifestation (et donc le bébé bloc) a tenté de pénétrer le contingent, mais nos allié.es dans la manif ont bloqué avec succès l’intervention.

Au coin des rues Université et Cathcart, après avoir reçu un avis de manifestation illégale, l’intervention policière était imminente. Nous avons alors pris la décision de nous séparer de la manif et avons conduit le bébé bloc vers le Square Phillips. Là-bas, les enfants ont joué au son de la fanfare, les grand.es ont soufflé un peu (!) et des collations ont été distribuées. Puis, nous avons convenu de reprendre la rue en solidarité avec nos camarades poivrés et gazés quelques coins de rue à peine plus loin. Quelques dizaines de personnes ont alors pris d’assaut la rue Sainte-Catherine direction Berri-UQAM: la fanfare ouvrait le bal, les clowns bloquaient la circulation aux intersections et les policiers étaient complètement pris au dépourvu…

Il y avait là une véritable fluidité dans l’organisation spontanée de cette suite à notre action. Le bébé bloc a pris fin coin Sainte-Catherine et Berri, alors que tout à fait par hasard nous avons recroisé la tête de la manif qui descendait rue Berri. Certain.es ont choisi de rester avec la manif, d’autres ont préféré se retirer à ce moment.

Somme toute, le bébé bloc s’est très bien déroulé.
Petits et grands sont fiers d’avoir bravé l’intimidation policière en se réappropriant la rue!
Merci à tout le monde pour votre participation!

Solidarité avec la lutte étudiante!
Solidarité avec les travailleuses et les travailleurs!
Solidarité avec tou.tes les laissé.es pour compte du capitalisme!
Solidarité avec nos camarades brutalisé.es en ce 1er mai!

 

*************** Activité surprise reportée à demain ****************

Action surprise pour les enfants et leurs amiEs!

 

5 mai, 16h30 Carré Phillips (métro McGill, coin Sainte-Catherine et Union)
Potluck et chansons!

Un appel à tous les musicienNEs, artistes de cirque, tricoteurs et
tricoteuses, parents, enfants et bébé, travailleurs et travailleuses
et étudiantEs à se joindre à nous pour une action

————

Surprise action for families and their allies!!
May 5th – 4:30pm Square Phillips (Metro McGill, St. Catherine/Union)
Potluck & singing along outside!

Calling all singers, circus artists, decorators and knitters, parents,
kids, workers, and students for this inter-generational action. Bring
toys, games, and art supplies!

ÉVÉNEMENT FACEBOOK: https://www.facebook.com/events/218423244935815/

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Les vieilles et les vieux avec les jeunes contre la hausse

Nous, baby-boomers ou plus agéEs encore, appuyons les étudiantes et les
étudiants qui, au-delà de la lutte légitime contre la hausse des frais
de scolarité, bataillent pour un État qui soit au service de la
population au lieu d’être à la merci des grandes entreprises.

Les porte-parole du pouvoir vitupèrent que la majorité des étudiants ne
font pas la grève. Nous, nous avons connu la Révolution tranquille. À
l’époque, ce n’est pas la majorité qui luttait pour un monde meilleur.
Mais lorsque l’État québécois a finalement accepté de favoriser
l’égalité en éducation et en santé, la majorité des Québécois et des
Québécoises s’est ralliée, fière de ces acquis et confiante dans son
avenir.

Nous appuyons les étudiantes et les étudiants qui, avec courage,
ténacité, imagination et clairvoyance, poursuivent leur lutte, leur
grève, leurs manifestations face à un gouvernement sourd à leurs
revendications.

Nous avons connu le régime de Duplessis, corrompu, autoritaire et
partisan inconditionnel du marché. Ce régime a donné les ressources
naturelles de la Côte-Nord aux investisseurs étrangers, tout en
réprimant férocement tous ceux qui contestaient. Aujourd’hui, les mânes
de Maurice Duplessis se sont réincarnés dans le conservateur/libéral
Jean Charest grand instigateur du Plan Nord.

Nous appuyons les étudiantes et les étudiants qui, par leur lutte, nous
amènent à réfléchir à la société que nous voulons. Une société au
service de l’économie? Ou une société où l’économie n’est qu’un moyen,
un moyen au service de nos intérêts collectifs?

Nous ne savons pas quelle sera l’issue de la présente lutte des
étudiants. Mais nous savons que ce gouvernement se retrouvera dans les
poubelles de l’histoire et connaissons celles et ceux qui en seront les
vidangeurs.

Nous, qui avons connu un temps où l’éducation était un privilège réservé
aux nantis, affirmons que l’éducation est un droit qui doit être à la
portée de toutes et tous. Nous sommes des vieilles et des vieux avec les
jeunes contre la hausse des frais de scolarité.

Signatures

Jean-Marc Piotte, Gérald McKenzie, Marcel Duhaime, Jacques Pelletier,
Laurent Girouard, Sylvie Vincent, Marie Leahey…

 

INVITATION

Nous vous invitons, si vous avez + ou — 60 ans ou plus

1. à appuyer cette déclaration;

2. à participer à une courte manifestation qui partira de la place Émilie-Gamelin le dimanche 6 mai à 11 h;  aux fins de mise en scène, apportez une canne;

3. à faire circuler parmi les vieilles et les vieux SVP.

Répondre à : vieuxcontrelahausse@gmail.com

 

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